Au début du XXᵉ siècle, l’amiante était considéré comme un matériau miracle. Sa polyvalence et ses qualités techniques remarquables — résistance à la chaleur, aux produits chimiques et à l’usure, ainsi que ses propriétés isolantes — en faisaient un composant prisé dans de nombreux secteurs. En ajoutant de l’amiante à d’autres matériaux, on obtenait des produits plus solides et moins coûteux.

Grâce à ses capacités d’isolation thermique, phonique et électrique, l’amiante était largement utilisé dans la fabrication de portes coupe-feu, de plaques ondulées, de conduites d’eau, de jardinières ou encore de poteaux en ciment-amiante.

Sa structure fibreuse permettait également de le filer, le tisser et de l’incorporer à une multitude de produits. On le retrouvait aussi projeté sur les murs et plafonds pour l’isolation ou appliqué sous forme de plâtre autour des tuyauteries de chauffage.

L’industrie de l’amiante a connu une véritable période de prospérité en Belgique, en particulier dans la seconde moitié du XXᵉ siècle. Après l’incendie du grand magasin l’Innovation à Bruxelles en 1967, son utilisation s’est encore intensifiée : les propriétés ignifuges de l’amiante ont alors été largement mises à profit dans le secteur de la construction. L’amiante est resté couramment utilisé dans le bâtiment jusqu’à la fin des années 1980.

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De la prise de conscience aux premières interdictions

La prise de conscience des dangers de l’amiante s’est faite lentement au fil du XXᵉ siècle. Dès les années 1920, les effets nocifs de l’inhalation des fibres furent observés et documentés. En 1924, les atteintes pulmonaires causées par ce matériau furent décrites pour la première fois, mais il fallut plusieurs décennies avant que ces risques ne soient véritablement reconnus en Belgique. Ce n’est qu’en 1953 que l’asbestose fut inscrite, de manière encore restreinte, sur la liste des maladies professionnelles. Seize ans plus tard, en 1969, cette reconnaissance fut élargie, marquant une première étape dans la reconnaissance officielle des dangers de l’amiante.

Paradoxalement, alors même que les effets sur la santé commençaient à être mieux connus, la Belgique connut, entre 1970 et 1985, son apogée en matière d’importation d’amiante. La forte croissance du secteur de la construction alimentait une demande soutenue pour ce matériau considéré comme économique et performant. Face à cette utilisation massive, les autorités commencèrent toutefois à réagir. En 1978, plusieurs arrêtés royaux interdirent certaines formes d’amiante particulièrement dangereuses, comme l’amiante bleu, ainsi que diverses applications industrielles telles que les peintures, les vernis, les poudres ou les produits en amiante-ciment.

Les années 1980 marquèrent un tournant décisif : la dimension sanitaire prit enfin le dessus sur les considérations économiques. En 1982, le mésothéliome — un cancer directement lié à l’exposition à l’amiante — fut reconnu comme maladie professionnelle. Quatre ans plus tard, en 1986, de nouvelles réglementations fixèrent des valeurs limites d’exposition sur les lieux de travail et imposèrent un étiquetage obligatoire pour tous les produits contenant de l’amiante. En 1991, la législation se renforça encore avec l’obligation, pour les entreprises, de tenir un inventaire précis de la présence d’amiante dans leurs bâtiments et installations.

Durant les années 1990, la Belgique s’engagea résolument sur la voie de l’interdiction totale. Un texte adopté en 1998 prévoyait déjà une quasi-interdiction de l’amiante, assortie toutefois de plusieurs exceptions. Ce mouvement aboutit en 2001, lorsque fut adopté un arrêté royal instaurant une interdiction générale de la production, de l’utilisation et de la mise sur le marché de tout produit contenant de l’amiante. Seuls les laboratoires purent encore en utiliser, à des fins strictement scientifiques et sous des conditions très encadrées.

Enfin, en 2005, cette interdiction fut étendue à l’ensemble de l’Union européenne, consacrant la fin officielle de l’usage de l’amiante dans tous les domaines. Ce long processus, étalé sur près d’un siècle, illustre combien la reconnaissance des dangers sanitaires peut être lente à s’imposer face aux intérêts économiques et industriels.